et si nous n'avions
vraiment rien compris
à la beauté des choses ?
Haïku Nomade
haïku, renku en vrac, sans retenue, sans limite
toujours nomades de nos pensées,
les mots d'une page à l'autre déshabillent nos secrets.
anna
et si nous n'avions
vraiment rien compris
à la beauté des choses ?
parce que ce sont deux femmes que j'ai appris à connaître avec des mots... avec le temps des mots, avec des silences, avec la force de leurs voix ... avec des pleins et des vides qui ont sans cesse consolidé nos échanges... avec leurs beautés que je connais sans les voir ... avec leurs sourires, leurs gaietés, leurs tristesses aussi, et leurs très belles forces de vie
et parce que j'ai envie d'aller les voir toutes les deux ...
une dans le Limousin
l'autre au Québec ...
pour elles deux, je ferai le voyage
et nous regarderons ensemble,
les arbres grandir et les oiseaux se poser sur les branches des plus vieux sorciers...
merci à toutes les deux
bouche d'égout
une plume usée
prisonnière des barreaux
je suis devenue un oiseau -
un souffle et j'ai disparu
quel rêve !
à côté de l'encre broyée
fume le thé
le ciel s'assombrit
je rapproche la lumière
de mon travail
l'ombre légère
du marronnier
malade
traces de la poussette
des petits pas d'enfant
sécheresse
l'eau de l'étang
s'épaissit
terre battue
le gazon a disparu
sous les pas
le bruit de la terre
qui dessèche
un film étrange, un film sans repère... un film sans boussole... où l'on découvre chaque plan avec tension, où chaque son, chaque bruissement accompagne un nouveau mystère... où les voix humaines nous reconduisent vers une réalité fragmentée... la forêt nous enveloppe avec ses mystères, ses esprits, ses puissances... ses incompréhensions... elle conduit l'homme qui se meurt, vers le centre de la terre... vers ce monde ancien que nous ne comprenons plus...
Apichatpong Weerasethakul parle à sa manière de la Thaïlande... loin des clichés et des mafias touristiques, il nous parle de la terre et du cosmos... il nous parle des racines fondamentales et des croyances animistes... il nous parle aussi, avec beaucoup de subtilité et de finesse, de la terreur sournoise qui règne dans ce pays depuis le dernier coup d'Etat...
à voir bien sûr sans hésiter, si le dépaysement ne vous fait pas peur ....
silence -
au bout du fil
j'entends la pluie
deux mois sans pluie
aucune odeur d'humus
le vent arrache les feuilles sèches
sans attendre l'automne
odeurs d'hiver
huile et essence de tronçonneuse
collent aux copeaux de bois
presque septembre
le soleil a tout brûlé
couloir aérien
les vols réguliers
des oiseaux migrateurs
fin de l'été
la forêt se tait
balbusard pêcheur
pour qu'un haïku soit vivant, il faut que chaque trait, chaque lettre qui le compose soit vivant...
des mois que je me promène, les observant dans leur mouvement dans leur immobilité-mobile dans leur respiration dans leur émotion et dans leur puissance... des mois que je cherche à peindre leur force... mais ils ne m'accordent pas encore ce droit... mon coeur n'est pas assez ouvert, mon esprit pas assez libre... pour les comprendre...
sans pouvoir les peindre
les arbres
retiennent leur secret
ça vient de sortir ... tout frais, tout frais ... il faisait une telle chaleur aujourd'hui, qu'en fin d'après-midi, je suis allée chercher la pénombre et la fraîcheur des salles de cinéma... moi qui traîne habituellement mes guêtres dans ces lieux, le plus tard possible, je n'ai pas hésité pour ce film à détourner mes goûts favoris ...
dieu, que je ne le regrette pas ... Poetry est un film inoubliable.. Vacillant entre sordide et beauté absolue, ce film à la lenteur très asiatique, nous pousse dans les perversités d'une société perturbée où suicide et viol se monnaient et ne se jugent pas...
mais la poésie réclame avant tout une honnêteté infaillible... c'est son dû... sa force... sa pureté... sa vie ... son passage... son existence au delà de la mort....
ce chef d'oeuvre est sorti en DVD en novembre dernier... il m'avait totalement échappé. Alors que ce film réalisé en 1975, devenait l'oeuvre majeure du réalisateur Carlos Saura (dont j'ai à peu près tout vu)) ... je n'avais jamais eu l'opportunité de le visionner ...
mais ...ça y est c'est fait ... et c'est de loin ce que j'ai vu de mieux depuis longtemps...
synopsis relevé sur le Web
Dans le Madrid des annnées 1970, Ana, 8 ans, a été témoin de la mort de ses parents : son père mort dans les bras de sa maîtresse et sa mère, partie dans d'atroces souffrances, faute d'être aimée. Élevée par Paulina, sa tante maternelle, elle se réfugie alors dans ses rêves et souvenirs pour retrouver sa mère. C'est une fable sur l'enfance, l'âge adulte et la distance entre ces deux mondes dans une Espagne franquiste et bourgeoise cloisonnée dans ses codes et ses interdits. C'est une vision sans idéalisme sur le monde enfantin et sur l'Espagne pendant le Franquisme. Ana, le personnage principal, pense qu'elle a le pouvoir de faire revivre sa mère par la seule force de ses souvenirs. Mais aussi celui de faire mourir son père qu'elle juge responsable de la mort de sa mère et sa tante qui ne réussit pas à remplacer sa mère. Ana porte sur les adultes un regard d'enfant extrêmement mûr, rempli de cynisme et de réalisme. Dans cette histoire, Carlos Saura mélange habilement le présent avec Ana devenue adulte qui analyse les moments qu'elle se remémore, le passé avec le souvenir omniprésent de sa mère et le futur.
http://www.critikat.com
le macadam
colle aux roues
mirage au bout de la route
le long de la route
platanes et micocouliers
crèvent de soif
sécheresse
le chêne vert
durcit son feuillage
il fait chaud
un gecko squatte
entre mes livres
7 heures
32 °
dans la chambre
les martinets sont partis
au dessus des toits
le cri d'un ivrogne
fin de semaine
une coupe de bois
m'attend en montagne
ppppppffffffffffffffffffff !!
après l'instant
refaire l'instant
P 156
" Les plantes lisent en nous. On est incapable de l'expliquer, mais elles ont une très grande capacité de perception, qui dépasse, celles de nos sens. J'ai lu dans une revue que les chênes tremblent à l'approche des bûcherons. Les plantes ressentent la souffrance, la tristesse, le bonheur. Elles savent d'emblée, instinctivement, si l'homme ment ou s'il parle vrai. un amour feint les laisse de marbre. Pour être en communion avec elles, il faut être sincère. C'est comme pour les hommes".
Mon père édictait son savoir tel un maître décole. je faisais des efforts pour être aussi sincère que possible, pour aimer la plante de tout mon coeur,mais rien n'y faisait, la feuille ne devint ni douce, ni tendre.
p157
A vrai dire, je ne croyais pas vraiment mon père. Pourtant, même sans le croire, je le comprenais, et ça c'est une autre question. Je me disais, que vouloir communiquer avec les plantes, c'était une tocade aussi extravagante que de prétendre entrer en contact avec les extra-terrestres. Je me sentais ridicule, j'ai vite cessé de caresser les feuilles. Mon père indifférent à mon évidente incrédulité ne bronchait pas. Il avait l'air d'appartenir à l'univers des plantes;
Enigmatique et pénétrante, l'atmosphère de " la vie rêvée des plantes", irradie d'un mélange déroutant d'infinie délicatesse et de violence extrême. Comme dans le cinéma coréen, l'audace narrative l'emporte; on est pris à la gorge.
Contraint d'espionner sa propre mère pour un mystérieux commanditaire, Khyon est confronté à d'obscurs secrets de famille. Par tous les moyens, il tente de réparer les blessures du passé, entre une mère au comportement étrange, un père réfugié dans la culture des plantes et un grand frère adoré et haï, amputé des deux jambes à l'armée. La folle passion de Kihyon pour l'ancienne petite amie de son frère n'arrange en rien la situation. Dès lors, sa confession lourde de silence et de résignation, de culpabilité et d'espoir insensé, nous plonge dans les formes les plus crues et les plus élevées de l'amour
parce que j'ai lu Ginsberg, Kérouac , Burroughs, Ferlinghetti, Cassady, et Snyder alors que je n'avais pas 18 ans et que mes rêves s'étiraient vers cette soif de liberté toute nouvelle que nous importaient enfin les Etats-Unis dans les années 70 (comme quoi, ils savent parfois exporter autre chose que des nullités...), voilà un texte trouvé sur le site "article XI" ( le journal d'info que je préfère) ... que j'ai en envie de partager avec vous :
samedi 10 juillet 2010, par Lémi
« Amérique, je t’ai tout donné et aujourd’hui je ne suis rien.
(…) Je ne supporte même plus mes propres pensées.
Amérique, quand cessera la guerre des hommes ?
Va te pignoler avec ta bombe atomique.
Je ne me sens pas bien, laisse-moi tranquille.
Je n’écrirais pas mon poème tant que je ne serais pas dans le bon état d’esprit.
Amérique, quand deviendras-tu angélique ?
Quand te foutras-tu à poil ?
Quand t’observeras-tu à travers la tombe ?
Quand seras-tu digne de tes millions de trotskystes ?
Amérique, pourquoi tes bibliothèques sont-elles pleines de larmes ? [1] »
(America, 1956)
Il faudrait remonter le cours des choses, enquêter sur la construction d’un imaginaire littéraire. Comprendre pourquoi Allen Ginsberg est tellement dénaturé, roulé dans la farine du mépris ou de l’indifférence. Pourquoi, parmi tous les protagonistes de premier plan de la Beat Generation – Kerouac, Burroughs, Ferlinghetti, Neal Cassady –, c’est lui qui se traine la pire postérité, celle du babos chiant, du mystique de service, abonné aux prêches et aux illuminations lysergiques.
C’est vrai : comme les Beatles, comme Kerouac [2], Ginsberg a parfois clapoté en eau boudhisto-enflammée. L’air du temps, l’air de rien, il s’est fréquemment ramené en manifs avec des colliers des fleurs et des « ôôômm » plein la bouche, marqué par un long voyage en Inde. C’est vrai aussi que ses collaborations avec la lisse andouille Paul McCartney ne brillent pas vraiment au firmament de la réussite musicale (cf « Ballad of The Skeletons », visible ici, jolies paroles mais ignoble fond sonore). Ce n’est pas une raison. Ginsberg a été d’abord un précurseur. Beatnik avant l’heure, déménageur d’histoire, magnifique barbu babillant. Mis en musique par Tom Waits (vidéo ci-dessus), son poème America n’a pas pris une ride, rugit encore aujourd’hui.
Dans No Direction home, le documentaire que Martin Scorcese a réalisé sur Dylan, Ginsberg raconte comment il a fondu en larmes le jour où il a pour la première fois entendu une chanson de Dylan – « A Hard rain a gonna Fall [3] » : « Quand je suis revenu d’Inde pour la Côte Ouest, il y avait un poète, Charlie Plymell lors d’une fête à Bolinas. Il m’a fait écouter un disque de ce nouveau chanteur de folk. La première chanson était ’Hard Rain’, je crois. Et j’ai pleuré. Car je me suis dit que le relais avait été passé à une autre génération. Les premiers bohémiens et beatniks, leurs illuminations et la puissance de l’individu » (…) avaient une descendance, accouchaient de nourrissons surdoués. Champagne ! Ou plutôt : LSD !
Revenir sur l’œuvre d’Allen Ginsberg, c’est chercher le vertueux ver dans le fruit américain, l’étincelle du silex, du même type que celle que Dylan planquait sous sa tignasse et Kerouac sous ses semelles de vent [4]. C’est surtout pister les premières manifestations irrévérencieuses des sixties, anticiper le grand bouleversement. Dès 1956, il publie Howl, poème magnifique, rugissant, méchamment irrévérencieux, qui commence ainsi :
« J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,
Se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,
Initiés à tête d’ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne [5]… »
Howl est peut-être le poème le plus important de la deuxième moitié du siècle ricain. Récité pour la première fois par Ginsberg en octobre 1955 dans une petite galerie d’avant-garde, il assomme les présents, les bouleverse dans les grandes largeurs. Dans un beau texte consacré au barbu céleste, Jean-Luc Despax décrit ainsi l’événement :
« Kerouac beugle : "Go ! Go ! Go !"et il y va Ginsberg, guidé par son souffle, porté par le feu de ce qu’il doit dire. Il s’appuie sur ses "who", "who", "who", qui, qui, qui : "qui disparurent à l’intérieur des volcans mexicains ne laissant derrière eux que l’ombre des blue-jeans et la lave et la cendre de poésie éparpillée dans la cheminée de Chicago, / qui réapparurent sur la Côte Ouest enquêtant sur le F.B.I en barbe et en culottes courtes avec de grands yeux de pacifistes sensuels dans leur peau sombre, distribuant des tracts incompréhensibles…" Les substantifs se heurtent, font des étincelles. Il faut de l’énergie au poème, celle du jazz comme celle de toute la poésie qui a précédé, pour éviter que cela ne tourne à la prose. Staccato et sauvagerie. Extrême sophistication et poésie-beuverie. Le poème prend de la vitesse et il paraît que les auditeurs n’en reviennent pas. Qu’ils n’en reviendront jamais. Que la littérature mondiale n’en reviendra pas non plus. »
Ce qui fait la puissance de ce long poème en trois parties qu’est Howl [6] – comme du plus court America, qui date de la même
période [7] –, habité par la folie et le dégoût, c’est la virulence de l’attaque contre le monstre américain et la société de consommation.
Ginsberg recrache les dogmes éculés de l’Empire, pointe du doigt ses crimes et ses laideurs : « Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Poubelles et
dollars impossibles à obtenir ! Enfants hurlant sous les escaliers ! Garçons sanglotant sous les drapeaux ! Vieillards pleurant dans les parcs !… » Attaque violente,
sans concessions, qui valut au poème de se voir un temps retiré des ventes pour obscénité.
Ginsberg, sûrement le plus politisé des fers de lance de la Beat Generation (d’ailleurs, dans Sur La Route, il écope du pseudonyme plutôt
flatteur de Carlo Marx), a bataillé sur tous les fronts, de la Guerre du Vietnam à la liberté sexuelle, plongeant toujours sa poésie dans le feu roulant de l’actualité. Parfois mystique, ok, mais
aussi acéré et joliment informé. Qui d’autre aurait pu écrire et chanter une ballade intitulée « CIA Dope Calypso » mettant en lumière, avec forces détails, le rôle de la CIA dans
l’explosion mondiale de l’héroïne après la Guerre du Vietnam ? Anyone else but him.

dans sa respiration
dormir
toucher ses rêves
sous ma jupe
le vent
comme un intrus
la tenir
entre mes cuisses
ma main toute chaude
--
avec la pluie
parfois
j'aime être triste
pluie en rafale
contre la vitre
et sur mes joues
--
revenir ce soir
ma cabane
une odeur unique
les yeux ouverts
émotion plaisir
... tsunami
sa peau froissée ondule,
dans chaque pli
un secret de sa vie
inquiétant
comme l'approche d'un orage
le silence
visage ouvert
premier rayon de soleil
premier sourire
que le vent balaie
sans cesse les terres arides
de ces nobles mapuches
lancinant
le vent dans les embrasures
détruit l'été
odeur de thym
dans les cheveux mouillés
des contours sauvages
le souffle de la terre
sur mon ventre tendu
que seul un homme entend.
mes pieds dans les feuilles
pas moyen d'être discrète
froissement, trahison.
rappel au temps !
le soleil mordore les arbres
et tanne mon départ
entre terre et ciel
le pourpre à l'horizon
lentement au zénith
le chant du vent
dans mes os transis
... glacial...
le rose discret
sur sa pâleur
timide
-
ce qu'ils en pensent