les nuits sont parfois longues ... sans sommeil, elles nous harcèlent de pensées sombres ou nous agressent d'idées nouvelles...
parfois, plus généreuses, elles nous laissent simplement divaguer ...
la lune est pleine... Par la lucarne du grenier, elle éclaire la petite chambre dans laquelle je tente de dormir... je me tourne et me
retourne, trouvant le lit affreusement vide... l'absent est trop loin... je me recroqueville en boule les mains entre les cuisses et laisse aller mes pensées là où elles trouvent un
passage... la lune éclaire la pièce comme en plein jour... dehors, le vent souffle et les nuages traversent la vitre à toute allure ... rien ne fait obstacle à rien... je pense au
vide et au plein, à ce que je suis et ne suis pas... je pense à hier et aujourd'hui tout en évitant demain...
tournant ma tête vers le tilleul mis à nu par les bourrasques, je vois la lune s'élever de plus en plus haut, de plus en plus loin
dans la nuit... quelques feuilles mortes arrachées à l'arbre, narguent légères, la clarté et la rondeur solitaires de la lune...
je regarde dehors
de mon lit
la nuit passe toute seule
tramontane
les feuilles
se perdent dans les nuages
pleine lune
ce soir
je repense à ma mère
1
la pluie ruisselle contre les vitres... la ville est noire... il fait presque chaud... l'eau s'infiltre sous les tuiles et
imbibe le plafond... Entêtée et imprévisible, elle se fraye un autre passage le long des montants des fenêtres... le mur en pierres dégouline... J'aime ces instants où tout se déchaîne...
lorsque le vent frappe avec violence tout ce qui lui résiste... lorsque impitoyable, il ne laisse dans ses retranchements que la crainte d'une nouvelle rafale bien plus terrible...
j'aime lorsque j'ignore tout de ses caprices... et que je replie mes pensées, attendant qu'il veuille bien se calmer... cela me remet un peu de plomb dans la cervelle et me ramène à
ma juste dimension... minuscule...
trop de gris
ce matin
les tuiles brillent
contre la vitre
un peu de sel
de mer
couchée
la pluie prend
la direction du vent
tempête
la ville tout entière
attend
2
À la vie à la mort
en si peu de mots
2
lorsqu'on a la bonne idée par défaut de mettre toutes ses données sur un disque dur externe, que celui-ci par malchance tombe de
son emplacement et se casse, on se sent terriblement dépossédé... on se sent vide ..
je ne suis pas une flippée de la sauvegarde... j'aime laisser aller les choses où elles doivent aller ... et j'en paie le prix fort...
dans ce disque je conservais toutes les photos que je ne retrouverai jamais... des essais, des corrections, des écrits, une
classification des oiseaux, qui m'a pris des années de recherche... sans parler des travaux de recherche pour la thèse que je rédige en ce moment...
pas mal d'années de travail, de pensées, d'essais... de rires et de larmes... une collection de films quasi introuvables... une
discothèque inclassable et surtout et avant tout, l'enfance de mes enfants et de mon petit fils...
je palpe le vide... il pèse ce matin... le poids d'une page que je tourne...
2
Mercredi 30 septembre 2009
retour en montagne
aucun bruit ce soir
aucun
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arbre abattu
à mes pieds
un silence de mort
1
Vendredi 25 septembre 2009
cela faisait quelques temps, que je n'étais pas retournée sur les étangs...
Nous avons attendu, les oiseaux et moi, que tout ce petit monde d'envahisseurs rentre chez lui, pour nous retrouver
sur la frange de terre qui sépare l'eau de la mer de celle des étangs... l'endroit était presque désert, je me suis enhardie à poursuivre un couple de sternes caugek qui fonçait en rase-motte au
dessus des vagues... Touchant du bout de leurs ailes la surface de l'eau, elles se projetaient dans l'air. Lançant leurs cris aigus, elles défiaient terre et étangs... je pédalais de toutes
mes forces en les suivant le long de la berge. Le temps d'un regard, elles se sont rapprochées de moi. Le temps d'un éclat, mon rire s'est mélangé à leurs cris... puis, lentement
elles se sont laissées absorber par le bleu du ciel et de la mer... et ont disparu...
je ne sais pas décrire le bonheur, j'ai juste appris à le vivre n'importe où, sans jamais le chercher... aussi éphémère soit-il,
j'ai appris à le recevoir sans arrière pensée et sans penser du tout... lui, a simplement appris à être là n'importe où, flottant, sans attache, se donnant à qui voulait bien
l'accueillir...
De temps à autres nos chemins se croisent et se séparent...
le ciel est sans nuage
le chemin de ma maison
indivisible
il fait chaud
sur le sable mouillé
quelques plumes blanches
abandonnées
4
Mercredi 23 septembre 2009
0
à Soufiane,
revenant de l'école
il me tient la main
nos yeux dans les nuages
y a t-il quelque chose de plus important que cet instant volé au temps, où rien ne semble se passer, où pourtant, se déroule
l'essentiel ? y a t-il quelque chose de plus important, que de regarder les nuages la tête vide ? y a t-il quelque chose de plus important que de laisser la vie parcourir tranquillement son
voyage ?
ce matin
le vent disperse les fleurs
sans envie
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0
Vendredi 11 septembre 2009
0
silence... les pierres roulent au pied de la
montagne, qui s'émiette lentement et se replie en surface... Nul ne sait ce que raconte l'enfer de ce
sacrifice... et sur sa peau hérissée, s'épanouissent inaccessibles, quelques fleurs minuscules et singulières....ici, les fréquences ne passent pas de la même manière...
là, elles ne se laissent pas absorber par n'importe quelle matière... les couleurs redoublent d'éclat....
Il me reste en mémoire, le bruit des pas heurtant la roche... les murmures du vent frais frappant l'herbe rase laissée par
les troupeaux en transhumance... le ciel d'un bleu trop pur pour mes yeux... le dos courbé de ces hommes de là-bas... hommes érodés par le poids d'une vie primaire... souvenir,
goutte à goutte, de leurs visages plissés par le vent, la lumière et l'eau... souvenir farouche de leur regard éclairé par une fatigue
dont ils sont dignes ... Fiers, ils parlent d'autrefois, comme un temps où le travail, la tâche et la besogne ne laissaient place à aucune fantaisie... un temps, où les rires se chargeaient
de dissimuler les larmes.... j'entends leurs voix sombres , elles tremblent, elles résonnent d'arrogance, de colère, de résignation...et d'amour...
derrière son muret de pierres sèches, le jardin au bord du
chemin protège des légumes patiemment cultivés... poireaux, raves, choux, haricots, pommes de terre, carottes n'ont que peu de temps pour arriver
à terme... il n'y a ni tomates, ni poivrons, ni aubergines... ces espèces capricieuses et gourmandes de chaleur n'ont cure ici... Il fait trop
froid là-haut... mais rien n'empêche les volubilis, et les roses trémières d'accrocher leurs couleurs aux tuteurs
des fèves fanées... Ici, le jardin mesure le temps de chacun... ce chacun, aime ce qu'il fait et connaît la patience... il appartient à la montagne... à ses
caprices, sa générosité, son intolérance... il la défie avec prudence et admiration... il dose ses efforts, son souffle... n'en donne jamais de trop
... la retranche dans ses exigences ...la ménage sournoisement...
homme-montagne est un duel-duo... une histoire d'amour, de divorce... de construcion, de déconstruction... de défi,
d'osmose... d'intérieur, d'extérieur ... de provocation et de silence... d'équlibre...
Ce langage a perdu sa raison... il est devenu hors-temps... une parole
sans bruit... une bataille sans adversaire... Un à un, ces hommes quittent la montagne et laissent le folklore coloniser la mémoire d'autres hommes...
Au fond de leurs yeux le silence est encore plus difficile à voir...
dans les cimetières les murets se fendent et s'effondrent ...
sans cri
le pic empale la lune
ciel de montagne
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sommet de la montagne
quelques roches libèrent
le commencement des fleuves
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sous les mélèzes
l'eau devient sombre
sans ciel
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2
ce qu'ils en pensent