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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 17:39

octobre 2014

 

Entre Miwa et Tendri, deux petites localités à proximité de Nara, sillonne à travers temples, rizières et jardins, un chemin de treize kilomètres où la nature se joue des reliefs et des forêts pour offrir aux passants un choix de goût, d'odeur et de couleur aussi riches et variés que les idéogrammes qui les expriment. Il fait beau et chaud, le temps nous porte avec douceur dans les traces de ces riziculteurs qui perpétuent avec cadence les mêmes manières que leurs ancêtres. Pour certains, la mécanisation s'est faite par nécéssité. Cela ne dérange nullement l'harmonie soigneusement entretenue dans ce haut lieu d'échange. Au bord du chemin, éparpillées en fonction des besoins, se dressent des tables abritées d'un toit ou d'une bâche, sur lesquelles, sont disposés des légumes et des fruits emballés à la mesure de leur valeur. ll suffit de s'acquitter de celle-ci dans une boîte posée à cette intention et de se servir, sans que personne ne s'occupe de vous. La confiance est totale... comme elle l'est sur l'emprunt des parapluies, que l'on trouve un peu partout à notre disposition en période de pluie et qu'il suffit de ramener lorsqu'on en n'a plus l'usage. De telles coutumes sont pratiquées sans soucis de vol ou de vandalisme. Quoi de plus naturel lorsqu'on est au champ que de proposer aux promeneurs concernés ses récoltes généreusement cultivées.

Hommes et femmes travaillent sans relâche, leurs dos ont la pliure usée des pages trop consultées. Parcheminés malgré toutes les protections portées contre le soleil et le vent, leurs visages parlent de fierté et d'inébranlable volonté. Leurs petits yeux noirs clignent par intermittence sur le jour qui décline. Le temps leur est aussi compté, c'est la récolte qui le leur impose.

Voilà plusieurs années que j'apprends le japonais. C'est une langue difficile à maîtriser parce qu'elle se construit dans le paysage qui la décline. Elle se structure avec ses volcans, ses montagnes, ses forêts, ses rizières, ses mystères. Au Japon il faut avant tout savoir dessiner sa langue... tenir un pinceau comme on tient une machette pour couper le riz... comme on secoue la cloche pour réveiller les kami assoupis dans les temples shintô... comme on caresse la peau fragile d'un nouveau né.

Dessiner comme on pense, et comme on rêve, cela change considérablement la perspective de votre existence. Aller se perdre au Japon est un choix qui métamorphose sa logique de vie. Il faut en adopter une autre... chercher à se familiariser avec elle, avant qu'elle ne vous échappe, la laisser vous envahir sans aucune crainte d'y perdre quelque chose.


Cette langue m'oriente grâce à la courbure de ses traits, m'égare dans ses amalgames compliqués, me soutient  comme une béquille qui parfois se dérobe sans jamais me laisser choir.

 

 

 

 

coups de machette

le riz quitte le champ

sous l'étonnement des corbeaux




 

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Published by anna - dans Japon Honshu
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