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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 10:43
lorsque le bruit des trains traverse la ville et vient  ruisseler sur les murs de pierre de mon appartement ... je  sais  qu'il va pleuvoir...  que l'eau aura un goût de sel et une couleur de désert... le bruit vient du large et ramasse en passant les derniers cris d'une civilisation en mouvement...  dans ce cri métamorphosé, s'efface sans vague, le murmure d'un autre continent...

sur la table de ma pièce de vie...  je repose mon crayon et regarde vers la fenêtre... lentement mes pensées contournent l'odeur de mer que ce bruit transporte... et encore plus lentement... je passe la main dans mes cheveux de plus en plus blancs... sur le canapé je vois l'ombre de l'homme qui vient de partir... je vois son sourire, je respire le calme qu'il a laissé généreusement derrière lui...

la maison s'encombre de tas de fatras qui ne sont que des fragments de temps.. à droite un tricot attend que quelqu'un vienne le finir avant que la saison se termine... à gauche l'empreinte de pied de mon petit fils, patiente sur le tas de cuir, ignorant ce qui lui reste  de temps
à parcourir ainsi, avant de devenir chaussures... dans cet ensemble de vie en  vrac,  continuent, inlassablement  à s'entasser, sans  aucune discipline,  livres et recueils... carnets et cahiers, encres et aquarelles .. bref !!! le souk !!!
un livre me nargue de loin..." écrire et lire le japonais"...  je tourne la tête et reviens à mon dessin... à mes pensées... à mes errances... et  au théâtre  nô, à ses méandres obscures, dans lesquelles il faut apprendre à plonger, sans y perdre la raison...  entre  vide et plein... vase et racine ... passé et présent,   usure sans usure... intemporel, complètement anachronique...  totalement nécessaire... Chaque pièce du théâtre nô protège,
derrière ses masques terrifiants et ses costumes toisés au millimètre, l'indispensable  lenteur nécessaire à cet art ultra codé... lenteur plus lente que tout ce qu'un occidental peut imaginer... lenteur séculaire qui, au fil du temps freiné, flotte comme des algues sans racine, et dispose autour d'elle toute la beauté des montagnes et des rivières... des démons et des vagabonds... des rêves et des cauchemars...   beauté qu' on oublie de définir...  beauté absente de ce que l'on  voit... beauté ordinairement présente dans le silence et dans le cri, dans le vrai et dans le faux... dans le voyageur et dans le fantôme... regard porté qui change dès qu'on se déplace d'une fréquence... ralentit le coeur et ouvre  le vide... sombre dans le temps...


à la frontière
de la terre et de l'eau
le héron sur une patte
**


foudroyé par la chaleur
le lézard garde
son sang froid
**





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commentaires

mimik 19/04/2009 23:56

quelle belle manière de parler du vide qui parle, de l'immobile qui se transforme et de tous ces opposés qui font la vie

bob 16/04/2009 18:51

Bonjour,Tu as l'air d'aimer les mots, aussi je t'invite à partager tes écrits dans ce joli forum.http://amourdepoesie.forummotion.com/A bientôt, je l'espère.

Andrée 16/04/2009 00:53

tout s'arr^te ici ou tout recommence, c'est le calme qui me retient sur ces pages , le calme d'une personne qui prend conscience de sa conscience .bravo pour le texte sur la lenteur et sur le Nô ou No, il est parfaitement exact , Andrée

py daniel 15/04/2009 23:49

bonsoir anna j'ai envisagé un autre terme pour ton premier haïku (que je trouve très bon !) : "lisière" en lieu de "frontière" ???ton texte est beau aussi ! j'aime l'ombre de l'homme qui vient de partir, laissant son calme généreux... et la manière dont tu nous "décris" le nô (que je ne connais pas !)daniel

dudu 15/04/2009 19:21

Le héron la patte dans l'eau prend la température ou est en attente de la vibration du poisson qui passe?Si ce n'était le problème de l'appendice caudale je reviendrai bien en lézard!