Lundi 29 octobre 2007
Il y a un an, je quittais les montagnes pour les rizières, il y a  tout juste un an je poussais la porte de ma cabane pour un séjour de neuf mois... la première nuit passée, fut la plus dure... je ne savais pas ce qui m'attendait et je me sentais étrangère à ce relief. .. j'écoutais, j'attendais, je regardais silencieuse et doucement je me suis laissée séduire par ces étendues à perte de vue, je découvrais les ciels vastes à en perdre la tête., je découvrais les étangs, leurs couleurs qui s'accordaient au ciel,  les végétations de steppe, les chevaux, les taureaux, les oiseaux en nombre exceptionnel. je découvrais la terre blessée par la sécheresse, par  le vent et les hommes rugueux et rêches de ce bout du bout du monde.
C'était l'automne et l'hiver s'installa entre mes planches mal jointoyées, avec rapidité... le vent s'infiltrait et balayait ma cabane, pendant que mon poêle ronflait du bois que j'avais coupé dans les roubines. Je courais après les travaux à faire de droite et de gauche,  et le Rhône imperturbable  coulait à côté de ma vie .
Sauvage, je me promenais de longues heures dans les rizières asséchées, mes jumelles et ma lunette comme seules compagnes. Dans les étangs, j'a vu les oiseaux les plus singuliers, mais aussi les plus communs.. tous, m'apportaient un plaisir simple mais très profond..j'ai vu les vols de grues cendrées passés sur mon cabanon et les flamants rose , sans cesse autour de moi .
Mon confort, très limité ne me permettait pas, d'avoir le net dans ma cabane au début de mon installation... J'avais celui-ci dans un grenier non chauffé. Je passais mes nuits, enveloppée dans des couvertures et les doigts complètement gelés, à corriger quelques travaux, et à écrire des haïkus sur le net,.. Et un soir je l'ai rencontré, Lui.   Je lui ai répondu une fois sur un forum, et petit à petit de haïku en haïku, on s'est rapproché imperceptiblement, jusqu'à nous toucher devant la mer
j'ai souvent eu très froid dans ce lieu hostile et puis j'ai fini par tirer un câble téléphonique et  m'installer le confort dans mes planches près de mon poêle..L'hiver s'est écoulé ainsi, lentement au rythme d'une nouvelle rencontre, d'une découverte, et d'un réel plaisir.

Puis le printemps s'aménagea son temps et s'épanouit avec les venues de plus en plus fréquentes de cette rencontre ... les douceurs pointaient de toute part.. Les oiseaux partaient pendant que d'autres revenaient...Tout bougeait...
Mes premiers travaux dans les abricotiers m'ont étonnée... Je me suis fait surprendre par la résistance psychologique et physique que demandaient de telles activités ;seule au début, je me suis faite accompagnée par la suite de femmes très courageuses.et puis la douceur du climat me permit de franchir le Rhône de façon plus anarchique... une embarcation de fortune me portait chaque jour vers mon lieu de travail..

Je rentrais parfois épuisée avec de temps à autre 11 heures de boulots dans les pattes, je me précipitais sur mon ordinateur et sur le net , juste pour avoir le plaisir de le lire, Lui, et de voir son plaisir sourdre entre les mots...je passais mes soirées devant mon cabanon,  et je rêvais d'un avenir différent ; j'écoutais les bruits de la nuit, souvent étouffés par des concerts de grenouilles assourdissants...

Chaque semaine, je parcourais à pied un bout de la départementale 202 à sa rencontre. Chacun de nous avait son point de repère au bout de cette ligne droite... moi une voiture grise, Lui un tout petit point minuscule ...ce furent pour nous les moments les plus heureux de cette bien trop courte période...

L'été vint avec ses joies, mais aussi ses peines... la chaleur devint parfois insupportable, je frôlais les 40 ° dans mon petit espace...Les nuits plus insupportables que les jours, le sommeil tardait malgré le ventilateur qui tentait de tromper les températures excessives... et la récolte des abricots vira au pénible...

Lui était parti ... nous souffrions tous  deux de cet éloignement et à son retour nous découvrions pour la première fois le plaisir de partager quelques jours ensemble ...

 Le reste du temps, je cultivais le jardin avec mon amie... je lui apprenais les gestes des montagnes pendant qu'elle me montrait ceux des rizières... le temps passa encore par là jusqu'à la fin de l'été...Mon chagrin de plus en plus inconsolable par une réalité inflexible, me décida de quitter la vie sauvage des rizières, pour me rapprocher de Lui et du nouveau travail que je commençais à maîtriser...

j'ai refermé la porte de ce cabanon, laissant sur le seuil les plus beaux souvenirs, mais aussi les plus douloureux... Depuis, il reste clos... personne ne l'a rouvert...il a besoin de repos... il a besoin de laisser passer tout ce que je lui ai cédé

 Devant l'étang,  il attend lui aussi des jours meilleurs
                                                          un an vient de passer
 


 tout peint de blanc
le cabanon veille avec le pin
sur mon histoire


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commentaires (8)   

Commentaires

anna, je trouve l'idée de phil très prometteuse : un recueil de haïbun qui raconte ton histoire..... Cest peut-être aussi une façon de "tourner la page".
commentaire n° : 1 posté par : Mohe (site web) le: 31/10/2007 01:51:38
merci Phil, merci  tu as toujours des mots réconfortants ... et moi je reste dans mes tourments ... en ce moment ils sont pire qu'uen lame de fond ... ils me déchirent entièrement

anna
commentaire n° : 2 posté par : anna (site web) le: 30/10/2007 13:42:51
Anna

Tu tiens là un haibun de plus et de grande qualité. Peu à peu on s'oriente vers le livre cet amour. Dès que le projet Lotus s'achève, je suis à toi pour le préparer.

Phil
commentaire n° : 3 posté par : philippe (site web) le: 30/10/2007 10:07:46
un amour, une nostalgie, une vie dure mais choisie , tout est touchant; tu as aimé  et tu aimes encore à te perdre , mais  quelle chnace tant de gens ne connaissent jamais ça

adèle
commentaire n° : 4 posté par : adèle le: 30/10/2007 08:47:10
pour que les graines repoussent Kiriko? oh je ne sais même plus s'il le faut ... et pourtant je sais que tu as raison ..

anna
commentaire n° : 5 posté par : anna le: 30/10/2007 08:09:59
Ouverture de ma lucarne numérique sur un espace Rhodanien inconnu, mais beau, très beau …

Visualiser
Ce pin près du cabanon
Palper son écorce

Récolter une pigne
Disséminer les pignons

Kirikino (http://www.kirikino.biz)

commentaire n° : 6 posté par : Kirikino (site web) le: 30/10/2007 07:49:53
une femme ordinaire, c'est tout Isabelle , merci d'avoir posé la question, cela m'a permis de le préciser

anna
commentaire n° : 7 posté par : anna le: 29/10/2007 21:07:50
je viens de lire ton histoire ... mais qui es tu donc Anna ?
Isabelle
commentaire n° : 8 posté par : isabelle le: 29/10/2007 20:02:48

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3  nomade(s) migre(nt) sur ce blog

dans sa respiration
dormir
toucher ses rêves

 

courir vers lui
le ciel immense
ses bras ouverts
--

terre
la couleur de ses yeux
semer des fleurs

--

sous ma jupe
le vent
comme un intrus

la tenir
entre mes cuisses
ma main toute chaude

--

petite la tenue
sortie des draps
elle pense à lui

--

éclat de rire
dans ses bras
éclat de vie

--


son sourire
entre les draps
deux mots

--


boire son vin
dans la même coupe
se resservir

--

 

dans le sable
quatre empreintes
l'une apprivoise l'autre


--

 
les restes du dîner
sur la table
parfum de sexe à côté

--

horizon confondu
au bout du bout
deux en un

--

odeur de mer
odeur de terre
la vie

--

reflet de lui
petit miroir
parle tant

--

parler et rire
un demi et un café
au soleil

--

à l'ombre des regards
collée contre le mur
lui si près de moi

--

deux oiseaux farouches
espiègles aussi
par moment

--

du bout des doigts frêles
calligraphie délicate
pensée dévoilée

--

le destin se cache
dans la courbe des reins tendus
frontière invisible

--

sur les ondes
une voix chaude
un chant dans ma tête

 

la pluie en rafale
contre la vitre
et sur mes joues

--

revenir ce soir
ma cabane
une odeur unique

 

 



les yeux ouverts
émotion plaisir
un tsunami


c'est jour de marché
des couleurs et des sourires
de la chaleur partout


 

de l'arbre au panier
des cerises des cerises
au merle volées


entre les fleurs vives
deux petits papillons
leur éclat en noce



sa peau froissée ondule,
dans chaque pli
un secret de sa vie


sur le rocher, trois naïades
les pieds dans l'eau
paisiblement belles


 
vent éclair tonnerre
la pluie sans retenue
brume sur les versants


chaleur assassine,
dernières perles de rosée
aux feuilles suspendues


nue, au bord de l'eau
une libellule chemine
le contour de mes cimes


du bruit à l'odeur
tout est fébrile
reflet de chaleur


nuit épaisse et pleine
les arbres murmurent leur paresse
le vent sa langueur



 

visage ouvert
premier rayon de soleil
sourire, ivresse.


Le silence parfois
riche de sens et de force
éloquence fertile




mille secrets cachés
odeur de terre mouillée
odeur de camphre



comme un rêve de sang
les joues rose-rouge
trahissent l'évidence


que le vent balaie
sans cesse les terres arides
de ces nobles mapuches


plaintes lancinantes
le vent dans les embrasures
détresse d'automne


odeur de thym frais
et dans les cheveux mouillés
des contours sauvages


le souffle de la terre
sur mon ventre tendu
que seul un homme entend.


mes pieds dans les feuilles
pas moyen d'être discrète
froissement, trahison.


un rappel au temps !
le soleil mordore les arbres
et tanne mon départ



 

entre terre et ciel
le pourpre à l'horizon
lentement au zénith



quelques aquarelles
ma lunette et mes jumelles
images insolites

une douceur de printemps
l'hiver aux aguets
juste un prélude

  

l'hiver s'installe
dans les têtes dans les corps
derrière la vitre



la pluie ce soir
sur les roseaux des larmes
que la terre absorbe



 

le chant du vent
dans mes os transis

complainte glaciale


 

 

le rose discret
sur sa pâleur
la timide

 
 

 







 

 

 

 
















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